Une étude récente aux États-Unis, menée auprès de parents d’adolescents âgés entre 13 et 17 ans, révèle que 66% se disent inquiets du temps passé par leurs enfants devant les écrans, en plus de constater que ceux-ci sont régulièrement distraits par leur cellulaire lors de conversations.

Étrangement, cette même étude démontre que 50% des adolescents interrogés expriment ces mêmes inquiétudes et observations envers leurs parents. Une question s’impose alors : comment restreindre la consommation des usages numériques des enfants et des adolescents si, en tant qu’adultes, nos actions vont dans le sens inverse?

Sean Parker, un ancien dirigeant de Facebook, a dit : «Dieu seul sait ce que tout cela fait au cerveau de nos enfants! On exploite une vulnérabilité de la psychologie humaine. On l’avait compris, et, consciemment, on l’a fait quand même». Des ex-dirigeants de firmes comme Facebook et Twitter ont expliqué que les applications et les technologies qu’ils avaient contribué à inventer et à sophistiquer étaient faites pour créer un maximum de «dépendance», y compris chez les jeunes enfants.

Au départ, dans les années 90, la situation concernait l’accès à la technologie. Maintenant, le constat est devenu «comment en limiter son utilisation». Contradictoire, non? Et ce, disons-le, en très peu de temps.

Faits vécus
Il n’y a pas si longtemps, je discutais avec un garçon d’une dizaine d’années dans mon bureau. Il me racontait différents irritants qu’il vivait à la maison. L’élément qui lui faisait le plus de peine et qui le dérangeait davantage était qu’un de ses parents était constamment sur son téléphone, alors qu’il tentait de discuter avec lui. Ce fait vécu démontre bien où nous en sommes en termes de consommation numérique.

Autre exemple. J’étais en observation dans une maisonnée, car le petit coco de quatre ans était «très problématique», selon la maman, et faisait des crises à répétition. Je suis donc allée observer le déroulement d’une soirée afin de mieux comprendre la situation. Que vis-je!? Maman, sur son cellulaire, à «surfer» sur Facebook, tentant de faire de la discipline par-ci par-là. Une discipline plutôt dissipée, incohérente, inconstante et sans conséquence. Ce qui est le plus triste dans cet événement est que l’étape de la prise de conscience n’était pas encore faite pour cette maman, car le problème était plutôt son garçon et non son attitude «non présente».

La prise de conscience
Comme je le dis souvent dans les textes et en consultation, la prise de conscience est le premier pas à tout changement et à toute adaptation. Vous avez beau lire et entendre par différents professionnels qu’il faut faire attention à sa propre consommation d’écrans, si on ne réalise pas tout d’abord nos propres actions et habitudes, le changement est loin d’être fait.

Bien sûr, nous sommes tous différents et je sais bien que plusieurs parents font autrement que les deux exemples cités plus hauts. Toutefois, la situation est devenue inquiétante pour plusieurs professionnels et citoyens. Régulièrement, lorsque je me promène dans des endroits publics, j’aperçois un téléphone ou une tablette qui est au centre de l’attention soit de l’enfant, soit du parent ou soit des deux. Je ne dis pas que ceci devrait être proscrit. Il y a plusieurs facteurs à considérer évidemment. Cependant, c’est un fait, il y a une multiplication de ses observations.

La consommation numérique
Une étude faite en 2016 par Common Sense Media a démontré que les parents de préadolescents et d’adolescents pouvaient passer jusqu’à neuf heures par jour devant les écrans et que la majorité de ces heures seraient non liées au travail.

Alors, le principe dû «fais ce que je dis et non ce que je fais» est devenu un enjeu principal dans les relations familiales en lien avec la consommation numérique. Si un parent passe plusieurs heures connecté, il est difficile d’exiger l’inverse de son enfant. Espérer que les enfants s’autodisciplinent avec leurs appareils est se mettre la tête dans le sable.

Même adulte, il est parfois difficile de le faire. Plusieurs témoignages de parents nomment qu’ils sont également pris parfois dans ce piège. Par exemple, on se connecte pour aller vérifier un courriel, et puis hop! Trente minutes plus tard, on réalise que l’on s’est fait «envoûter» par les attractions numériques (Facebook, Twitter, Instagram, courriels et j’en passe). Il existe maintenant un terme répandu pour ces habitudes, parfois inconscientes : FOMO («Fear Of Missing Out» qui se traduit par «la peur de manquer quelque chose»).

Donc, le principe d’être un modèle pour l’enfant s’applique également à l’usage numérique. Ceci n’y fait pas exception au reste de l’éducation. Ce serait comme de demander à l’enfant de ne pas utiliser un langage vulgaire, alors que le parent le ferait constamment.

De plus, dans les familles, au fil du temps, des enjeux se sont formés autour de l’utilisation des technologies et d’Internet. Dans certaines familles, ceci est même un facteur de stress pour certains parents à l’idée de faire respecter les limites d’utilisation.

Voici quelques idées pour vous aider à baliser votre utilisation en tant que parent :

• Donner l’exemple en surveillant sa propre utilisation globale. Vous pourriez vous émettre vos propres balises en tant que parents. Par exemple, aucun écran pendant le souper, peu importe le type. Après le souper, le temps est réservé aux enfants jusqu’à leur coucher. Vous pourriez avoir un panier (ou autre contenant) à un endroit éloigné dans la maison, où tous les appareils mobiles pourraient y être déposés pendant les moments «non numériques». Ne les ayant pas sous la main, il est moins tentant d’y jeter un coup d’œil. De plus, les fermer complètement ou fermer les sonneries et notifications serait également aidant pour ce qui est de respecter ses balises.
• Tentez d’être dans le moment présent, particulièrement en présence de votre enfant. Ceci va de pair avec le point précédent. Tentez d’être véritablement en connexion avec lui. Laissez vos soucis de côté (incluant les appareils) et soyez réellement connecté à ce qu’il vous raconte ou à l’activité que vous faites ensemble. Vous observerez alors la «magie» de la connectivité s’opérer.
• Autant que faire se peut, laissez le travail de côté lorsque vous n’y êtes pas. Évidemment, ceci n’est pas possible pour tout le monde dépendamment de l’emploi et de la nature du travail. Néanmoins, si vous avez des moments préétablis dits «non numériques», tâchez de les respecter. En France, depuis janvier 2017, une loi appelée «droit à la déconnexion» a été établie pour les entreprises de plus de 50 employés. Ces employés ne sont donc pas tenus de répondre aux appels, courriels ou autres communications de leur travail en dehors de leurs heures de travail. Nous pourrions peut-être nous en inspirer?
• Évitez de mettre la télévision en mode «arrière-plan». Il n’y a pas de bénéfice à ceci pour les enfants. Vous pourriez plutôt mettre de la musique agréable pour eux, s’ils le souhaitent, et avoir un moment de complicité en chantant et en dansant.

Tous ces éléments enverront comme message que vos enfants sont davantage importants que ce qui se trouve dans votre cellulaire, à la télévision et autre.

En conclusion, les écrans sont là pour rester et c’est à nous en tant qu’adulte, ou autre intervenant gravitant dans l’éducation des enfants, de mettre des limites à leur utilisation et à l’éducation relative à tout ce qui à trait au numérique et à Internet. Plusieurs autres enjeux existent également et qui ne sont pas abordés dans cet article. Parents, faites vos recherches et informez-vous pour mieux accompagner et éduquer vos enfants.
Pour avoir de plus amples informations sur l’éducation face aux technologies numériques, vous pouvez consulter le site Internet suivant par Le Centre canadien d’éducation aux médias et de littératie numérique : https://habilomedias.ca/

Lysanne Lanthier
Éducatrice spécialisée et Coach familial
Fondatrice et propriétaire d’Objectif famille

Source :
Parents dans un monde d’écrans: comment vous brancher à l’univers de vos enfants de 0 à 18 ans, Catalina Briceño – Marie-Claude Ducas – Éditions de l’Homme – 2019