L’organisation nous semble évidente, on l’a ou on ne l’a pas. Malheureusement, cette croyance populaire est tout à fait fausse! Il s’agit d’un long processus d’apprentissage nécessitant l’acquisition de nombreuses habiletés.

Les enfants de 9 ou 10 ans n’adoptent généralement pas spontanément des stratégies de classement et d’organisation par eux-mêmes. Leurs processus cognitifs ne sont pas suffisamment matures pour y arriver. Le préadolescent de 11 ou 12 ans y arrive mieux, mais encore ici cela dépendra s’il aura eu les bases pour bien apprendre à s’organiser. Une des bases importantes de l’organisation est la créativité ou la capacité à générer des idées.

Un enfant qui a une difficulté sensorielle et/ou une difficulté d’organisation ne sait pas: Quoi choisir entre deux choses? Comment jouer? Comment commencer une tâche? Comment mettre de l’ordre dans son pupitre ou son casier?

Voici une situation que je vis régulièrement en clinique et je peux souvent la prédire avant qu’elle survienne. Nous jouons aux « Playmobil » :

  • Moi : Comment s’appelle ton bonhomme?
  • L’enfant : Je ne sais pas
  • Moi : Ce n’est pas un beau nom ça, il faut en choisir un autre
  • L’enfant : (rire) Non, je ne sais pas comment il s’appelle
  • Moi : Eh bien il faut lui trouver un nom
  • L’enfant : (sans mot)
  • Moi : Tu n’as pas d’idée?
  • L’enfant : Non
  • Moi : D’accord, moi je vais appeler mon personnage Thélesphore
  • L’enfant : Hein, c’est bizarre comme nom!

En fait j’aurais pu dire n’importe quoi pour montrer à l’enfant qu’il peut dire ce qu’il souhaite, même des idées un peu «bizarres». Il arrive aussi que j’utilise le nom de son parent en espérant qu’il trouve lui aussi un nom qu’il connaît.

Nous poursuivons et la fin du jeu demeure généralement la même; je me fais tuer, je disparais ou il décide que son personnage va jouer ailleurs loin de moi pour ne plus avoir à interagir en étant confronté à sa difficulté. Je fais ce jeu avec des enfants de 4 à 10 ans et si ceux-ci n’ont pas d’idées, ils réagissent de cette façon peu importe leur âge.

Une solution : le jeu symbolique

Le jeu symbolique ou le jeu de « faire semblant » est primordial dans la vie d’un enfant. Ce type de jeu établit les bases des relations de l’enfant avec le monde qui l’entoure (faire comme maman, moi je suis une fille ou un garçon, etc.), et aussi de l’organisation.

Pourquoi? Parce que l’enfant a besoin d’idées pour s’organiser et l’émergence des idées se fait entre autres par le jeu symbolique.

Lorsque vous devez organiser le rangement dans une armoire, vous le faites en planifiant votre tâche et en plaçant les choses ici, les autres là, etc. Mais pour s’organiser, vous devez avoir d’abord des idées que vous allez puiser dans les expériences passées ou dans certains concepts que vous avez acquis de vos parents, vos professeurs, etc. Vous allez également jumeler des concepts pour faire ressortir une nouvelle idée. C’est à partir de cela que vous planifiez votre tâche et c’est à partir de votre planification que vous exécutez la tâche.

Un enfant qui n’a pas d’idées n’arrive pas de façon instinctive à puiser dans son répertoire d’expérience et dans ses acquis. Il est dépourvu de moyens devant l’énigme à résoudre. Il possède les outils (expériences, apprentissages), mais ne sait pas comment aller les chercher.

Donc pour aider votre enfant à mieux s’organiser, stimulez sa créativité. Avoir des idées est un état d’esprit qui nous permet, entre autres, la composition de texte et la résolution de problèmes mathématiques ce qui constitue la base de l’organisation, laquelle est essentielle aux apprentissages.

Trucs et conseils pour favoriser l’émergence des idées

À la maison :

  • Favoriser le jeu symbolique, jouez avec lui, car il n’a pas tendance à le faire par lui-même.
  • Demandez-lui de vous aider à trouver une solution à un problème simple.
  • Inviter plus d’un ami à la fois, idéalement un groupe de 4 (incluant votre enfant).

Une activité en groupe exige plus de compromis et de créativité. Choisir des amis avec qui votre enfant se sent suffisamment à l’aise pour prendre sa place. S’il a tendance à s’isoler; c’est que c’est trop difficile pour lui.

À la garderie (3 ans et plus) :

  • Demander à l’enfant d’inventer le nom des jouets
  • S’il a tendance à toujours choisir le même jeu; favoriser sans trop insister la diversité de jeux et jouer avec lui pour qu’il puisse comprendre le sens des jeux.
  • Bâtir de petits scénarios avec lui (jeux de rôle). Utiliser, selon l’intérêt de l’enfant, des poupées, des animaux, des petites autos, etc., afin qu’il puisse parler avec ses personnages et inventer une petite histoire (ce que les personnages vont faire).

Il est préférable au début de procéder avec un adulte. Avec un autre enfant, celui qui manque d’idées a tendance à adopter le scénario de l’autre ou à jouer en parallèle. L’observation du jeu d’enfants en groupe peut être révélatrice sur leur capacité à organiser les idées.

À l’école :

  • Faire une activité de découpage aléatoire. Mettre sur une table du matériel (assiette de carton, paille, boîte d’oeuf), bref tout ce qui se découpe avec des ciseaux standards et préciser que l’activité c’est de découper. Vous aurez ainsi le temps d’observer si celui-ci :
    • Découpe aléatoirement sans créativité
    • Copie le voisin
    • Démontre des idées originales
  • Lorsque c’est possible, planifier des périodes de créativité sans thème précis, laisser aller l’esprit inventif des enfants.
  • Si l’enfant n’a pas d’idées, présentez-lui une idée farfelue de façon à ce qu’il répondre « bien non voyons »; ainsi vous lui don-nez le droit d’avoir des idées un peu bizarres.

Généralement, une idée surgit; laquelle vous applaudissez même si elle est moyenne. Confiant de ce premier succès, il s’améliorera.

Une chose importante, l’adulte a tendance à imposer sa propre organisation à l’enfant. Cela ne favorise pas l’émergence de la réflexion et des idées. Si vous prenez l’habitude d’utiliser ses idées, son organisation, vous rendez les bases beaucoup plus solides pour le futur.

Par exemple, au lieu de lui dire comment ranger les jouets, sa chambre, son bureau ou son casier, prenez un temps pour réfléchir avec lui pour planifier votre rangement ensemble. Guidez-le davantage en valorisant ses bonnes idées, vous serez surpris du résultat!

En résumé, il est important de partir de la base. Si votre enfant n’est pas capable de développer des idées par lui-même, il apprend à s’organiser en adoptant la méthode de quelqu’un d’autre et lorsqu’il n’a pas de recette toute faite; il se retrouve plus démuni. Lorsqu’un enfant a des difficultés, il faut travailler les bases pour s’assurer d’un développement solide.

La base de l’organisation c’est savoir générer des idées.

Sonya Côté

Ergothérapeute

Site web : ger-ergo.com

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